Le bon, la brute et … moi

Préambule.

Voila venu le temps pour moi de vous faire part d’une deuxième expérience, que je qualifierais de formatrice.
Formatrice non pas au niveau professionnel (loin de là) mais plutôt au niveau de la compréhension d’un système bien rodé qui est celui de l’utilisation et de l’exploitation de stagiaires.

Après vous avoir relaté l’histoire d’un plombier cherchant à exploiter la naïveté des plus jeunes graphistes dans le précédent billet de cette série, je viens vers vous avec un récit qui me semble d’autant plus crapuleux qu’il se passe au sein d’une agence web. Il ne s’agit donc pas ici de personnes étrangères au milieu de la création mais d’acteurs direct cherchant à exploiter d’autres acteurs.

L’annonce.

Tout a commencé avec une série d’annonces découvertes, il y a quelques mois, sur le site d’actiris (équivalent de pôle emplois en Belgique), une fois de plus, mais cette fois je dois reconnaître que rien ou si peu dans les annonces ne pouvait laisser imaginer qu’un quelconque foutage de gueule se trouvait à la clef.

Pour résumer ces annonces ont étaient déposées, sur le site, par une agence web que je renommerais « l’agent-scie ».
L’agent-scie recrutait différentes personnes pour monter une boite à Bruxelles, des graphistes, web designers, intégrateurs, développeurs
A la lecture des différentes annonces, je pouvais remarquer que les compétences demandées pour les postes à pourvoir était structurées, loin des couteaux suisse habituellement recherchés. Tout semblait on ne peut plus sérieux, des CDI étaient proposés, le détail de l’entreprise correspondait avec ce que Google pouvait nous en dire, tout était crédible.

Tout naturellement, je répondis à l’annonce en envoyant mon CV, une lettre de motivation, un lien vers mon portfolio et quelques créations en pièce jointes.
Très rapidement je reçus une réponse, dans laquelle une secrétaire, je suppose, me proposait un entretien, me disant que mon travail et ma candidature les intéressaient, elle me donna également le nom de la personne face à qui je passerais ce dit entretien, personne que je nommerai ici Mr Labrute.Le profil linkedin de Mr Labrute était on ne peut plus sérieux, responsable de plusieurs entreprises dans le domaine de l’informatique, des nouvelles technologies et du marketing.

L’entretien.

J’arrivais un peu en avance pour l’entretien, je me retrouvais à patienter dans un grand endroit fort sympathique, entièrement rénové de manière très design, composé d’open-spaces et de box de travail (plus tard je découvris qu’il s’agissait d’une place dédiée au co-working ou graphistes freelances, indépendants et entreprises pouvaient louer des espaces à la journée.).
J’attendais mon entretien en compagnie d’une demi-douzaine de personnes, dans un des box les entrevues se déroulait, ils étaient fait par 2 personnes, une de plus ou moins 45ans jeans, chemise ouverte l’air décontracté qui s’avérera plus tard être mr Labrute, l’autre personne était un jeune d’approximativement 25ans qui semblait être au premier abord fort sympathique que j’appellerai dorénavant Mr Lebon.

Mon tour arriva d’entrer dans le box, Mr Labrute tout sourire, sortit pour venir me chercher, il se présenta, tout comme Mr Lebon, je fis de même et l’on me proposa de m’asseoir.
Mr Labrute me présenta brièvement l’agent-scie, une nouvelle agence web, qui s’ouvrait au sein d’un incubateur à Bruxelles, et qui avait pour objectif de réaliser des sites pour petites et moyennes entreprises récemment crées. Des sites aux tarifs adaptés qui d’après ce que j’en ai compris, devrait être un peu plus personnalisés que ce qu’ils auraient pu acquérir auprès d’une agence dite traditionnelle.

Petit hic.

Je dois dire que les premières question de Mr Labrute ont eu pour effet de me refroidir, en effet suite aux échanges de mails j’avais pu comprendre que ma candidature avait été étudiée, hors il commença par me demander à quelle annonce j’avais répondu, également de lui donner mon CV, mais aussi si je possédais un portfolio en ligne ou il pouvait voir mon travail.
A ce moment précis je me dis que finalement la proposition d’entretien devait avoir était donnée à chaque candidat, sans aucune étude approfondie ni du CV ni des travaux de chacun.

Le bon, la brute et … moi.

A l’ouverture de mon portfolio, Mr Lebon me félicita pour mes créations personnelles notamment pour mon matte-painting « our future« , me disant que cela lui plaisait énormément, mais aussi tôt il fut coupé par Mr Labrute qui le remis à sa place, en sortant un « oui bon soit » assez sec, avant de reprendre son sourire pour me questionner à nouveau.

Ce bref échange entre mes 2 interlocuteurs me fit comprendre que Mr Lebon n’était présent que comme caution artistique, il me semble que Mr Labrute me l’avait présenté comme directeur artistique, son jeune age devait avoir pour objectif de rendre l’entrevue plus décontractée (oups raté). Dans tout les cas il reprit vite son rôle de potiche car pour la suite de l’entretien il se contenta de hocher la tête sans mot dire, validant chaque fin de phrase de Mr Labrute, tel les petits chiens kitchs que l’on trouvait sur les plages arrières des voitures dans les années 80. Je suis un peu dure avec lui en fait, car finalement je me souviens avoir été mal à l’aise pour lui, il m’avait presque fait pitié.
A titre personnel j’ai eu un peu l’impression de jouer le rôle du suspect dans une série policière américaine, dans laquelle on retrouve le bon et le mauvais flic, celui qui met les coups de bottin et celui qui apporte un verre d’eau et propose une cigarette.

Ça l’intéresse.

Je répondais aux questions de Mr Labrute, j’essayais de me vendre au mieux et de détailler mes compétences, expliquant que même si j’avais répondu à l’offre de graphiste web, je connaissais également l’intégration, que je continuais ma formation et que j’avais également suivi des cours de vidéo …
Ce dernier point l’intéressait tout particulièrement, il me dit qu’il s’agissait d’un plus non négligeable. Je lui expliquais que mes connaissances en ce domaine restaient tout de même basiques.couteau suisse
Il me demanda si je serais d’accord dans le cadre de l’emploi de m’occuper en plus de réaliser des montages vidéo, ce à quoi je répondis oui.
L’atmosphère était détendue, 10 minutes supplémentaires passèrent ou l’on parlait de nouvelles technologies, de travail, de tout et de rien.

Ça l’intéresse un peu moins.

Les 2 dernières minutes de l’entretien justifient à elles seules l’écriture de cet article.
Subitement Mr Labrute reprit un air plus sérieux, je me demandais à ce moment si je n’avais pas pour interlocuteur un schizophrène, au caractère complètement bipolaire, passant du rire au drame en une fraction de seconde tel le Jocker dans Batman.
Il me dit que finalement mon travail ne lui convenait pas suffisamment, qu’il ne pouvait pas me donner le CDI proposé dans l’annonce. Néanmoins (tel un bon samaritain) il pouvait me proposer un stage, me demandant si cela pouvait me convenir, ce à quoi je répondis positivement, je n’était pas venus pour ça certes, mais faute de grives on mange des merles dirons nous.

Ça m’intéresse beaucoup moins.

A la suite de quoi il me posa 2 autres questions plus que crétines, à savoir:

  • Avez-vous un ordinateur personnel ?
  • Avez-vous accès à une connexion internet depuis votre domicile ?

Car en effet, il m’expliqua que le stage se déroulerait en télétravail, que les échanges (commandes et envois) se feraient part e-mails.
Ce que j’en compris c’est que je devais réaliser le soit-disant « stage » de chez moi, sans maître de stage, sans suivit, sans formation, sans contrôle de mon travail ni de mon évolution mais également sans rémunérations.
Mon travail ne me permettait pas d’accéder à la période d’essai d’un vrai contrat, non, je ne suis pas assez bon pour ça, par contre je suis assez bon pour travailler gratuitement de chez moi sur mon matériel, assez bon pour offrir gracieusement le fruit de mon travail !
Même s’il essayait de me convaincre en me disant que le stage ne durerait que quelques mois à la suite de quoi j’aurais à coup sur le poste (appel moi jambon!), je suis resté là sur ma chaise à écouter ce chameau vomir son discours qui me paraissait extrêmement bien rodé, sans pouvoir réagir.
Le seule mot qui sorti de ma bouche fut le « au revoir » lorsqu’il finit en me disant qu’il m’enverrait plus d’information sur le travail à fournir par mail et que l’entretien était terminé.

Stagiaires renouvelables.

Sorti de ce traquenard,  j’allumais une cigarette que je fumais en 4 bouffées, restant encore quelques minutes devant la porte du bâtiment. Croisant une des personnes présente à l’entretien, je lui demandais tout naturellement comment cela c’était passé pour elle. Ce à quoi elle me répondit quelque chose que je pourrais résumer par:  J’ai pas eu le poste, mais je vais faire un stage.

Je ne prétends pas que je méritais le poste je ne crache pas sur les stages, loin de là
Selon moi un stage doit se dérouler dans l’entreprise et en aucun cas en télé-travail, un stagiaire doit avoir une convention de stage, il doit également avoir un suivi mais surtout en aucun cas le travail à fournir ne devra être celui d’un employé. Il faut remettre les choses à leurs places, si un employeur souhaite voir la manière de travailler d’un candidat il peut lui proposer un test (qui ne sera pas réutilisé à des fins commerciales évidement), et n’oublions pas qu’à la signature d’un contrat il y a une période d’essai (avec salaire) qui sert à cela.
main attaché

Il est clair que ce Mr Labrut, la vielle bouse, ne cherchait qu’à avoir des employés non payés, et il y a fort à parier qu’à la fin du stage certains problèmes dans le travail du stagiaire justifieront la non-obtention du contrat et la prise d’un autre stagiaire.
Tristement il faut avouer que cette technique est très fréquente, la seul choses à dire à ce sujet est méfiez-vous des « esclavagistes modernes« .

Rodleg

3 réflexions au sujet de « Le bon, la brute et … moi »

  1. Ping : Ton travail ne vaut rien, ou si peu. | Rod-Leg

  2. Ping : Un contrat, un salaire ? Tu rêves graphiste! | Rod-Leg

  3. Ping : Qu’est ce que le Perverted Crowdsourcing ? | Rod-Leg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s